Jeu d’actu : comment construire un système ? (2/2)

Article initialement publié sur le blog Je Perds donc je pense.

Pour lire la première partie de cet article, cliquez ici.

Avec nos cinq styles, nous pouvions organiser la totalité du paysage politique impliqué dans la primaire en grandes familles. Mais cette classification n’était néanmoins pas assez expressive : elle n’était porteuse de sens que sur la forme – la façon de faire de la politique -, et pas sur le fond – les idées défendues.

Pour inclure ces idées dans notre jeu, nous devions à nouveau tenter d’établir une taxinomie qui les organiserait de manière simple. En étudiant les déclarations récentes des candidats présumés à la primaire, mais aussi des documents de référence comme le projet du PS, nous avons donc dégagé huit « orientations politiques ».

Cinq d’entre elles sont plutôt générales :
Economie : toutes les prises de position des candidats sur les banques, les marchés financiers, la lutte contre la crise et le chômage, la réforme des retraites ou du système fiscal…
Ecologie : les thématiques écologistes abordées au PS, comme les OGM, le nucléaire, les émissions de CO2 et le réchauffement climatique, la biodiversité, la TVA écomodulable…
Société : les grandes questions sociales, telles que la place accordée à l’éducation, les jeunes, l’égalité homme/femme, les droits des homosexuels, la santé, les libertés individuelles, la culture, le logement…
Ethique : les déclarations sur les valeurs qui doivent habiter les candidats, comme la lutte contre le racisme ou le populisme, l’indépendance de la justice, le recours à la démocratie locale, la protection des institutions républicaines, le respect des adversaires politiques et des électeurs…
International : les arguments sur la place de la France dans le monde, les politiques européennes, les rapports nord-sud, la diplomatie, l’immigration…

Et trois autres sont plus spécifiques au fait que le jeu porte sur une primaire au parti socialiste :
Héritage : les prises de position de type « profession de foi », qui s’adressent aux socialistes de toujours, comme la défense des français les plus faibles, l’ancrage politique local, les références aux pères du socialisme, et d’une manière générale l’allégeance au parti et à ses valeurs…
Plus au centre : les déclarations qui situent un candidat plutôt à la « droite » du parti socialiste et défendent la rigueur budgétaire, le réalisme économique, l’allégement de la fiscalité des PME, l’ouverture pragmatique aux partis du centre, voire des positions plus polémiques, comme le « déverrouillage » des 35 heures.
Plus à gauche : les déclarations qui situent un candidat plutôt à la « gauche » du parti socialiste, comme la défense du service public, la lutte contre les délocalisations, la redistribution fiscale, les nationalisations, le contrôle des hauts salaires…

Nous avions donc une double taxinomie, qui nous permettait de qualifier, sur la forme comme sur le fond, l’ensemble des personnages publics qui allaient potentiellement jouer un rôle dans cette primaire. Mais nous avions aussi une troisième variable à prendre en compte – une variable qui nous permettrait de « hiérarchiser » ces personnages les un par rapport aux autres.

En effet, chaque « acteur » potentiel de la primaire n’aura pas la même influence potentielle sur les électeurs. En matière de politique, la voix de Robert Badinter porte par exemple plus que celle du rappeur Joey Starr, Lionel Jospin est plus écouté que Laurianne Deniaud (présidente des Jeunes Socialistes), etc. Cette influence potentielle, que nous avons nommée « poids politique », nous avons décidé de l’exprimer avec un chiffre, compris entre un et cinq points. Dans le jeu, plus ce chiffre est élevé, plus le personnage peut convaincre rapidement les électeurs de voter pour le candidat qu’il défend.

Lionel Jospov

 

Une fois ces trois taxinomies définies, il nous restait à établir la liste de toutes les personnalités dont nous pensions qu’elles auraient peut-être un rôle à jouer, en nous basant sur la primaire de 2006 et en analysant l’actualité politique. Puis, nous avons attribué à chacun un « style », une « orientation politique » et un « poids politique » – attributions subjectives, mais basées sur notre analyse de l’actualité, et dont nous serions heureux de discuter avec vous sur ce blog.

Et pour qualifier chaque personnage encore un peu plus finement, nous leur avons attribué une « déclaration », sorte de résumé d’une problématique à laquelle la personne concernée est particulièrement sensible. Exemple : dans le jeu, Stéphane Hessel est lié à la déclaration « Les politiques, comme les citoyens, doivent savoir s’indigner », référence au combat qu’il mène dans son livre, « Indignez-vous ». En fonction des déclarations que le joueur prononce, il décide donc, en conséquence, des personnalités qui vont se rapprocher de son équipe de campagne.

Ainsi établi, notre système permet à la fois une description relativement fine du paysage politique et une certaine flexibilité. Si, dans les mois qui viennent, des personnes auxquelles nous n’avons pas pensé jouent un rôle important dans la campagne de cette primaire, nous pourrons facilement les inclure dans le jeu en les décrivant par cette triple qualification. Si vous en remarquez dans l’actualité, n’hésitez pas à nous les signaler !

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